À la découverte du patrimoine breton
Nous connaissons tous la richesse du patrimoine français, bien que le cliché “français” dans l’imaginaire
collectif se réduise souvent à des représentations stéréotypées : le pain, la marinière, le béret, les croissants… Les français à
l’étranger ont tous un jour entendu le fameux adage “oui oui baguette”. Pourtant, chaque région française a son propre patrimoine à
offrir.
Pour commencer, faisons un détour par “le bout du monde”, la fin de la Terre, la Bretagne. Cette région, autrefois indépendante de la France, a su maintenir une culture propre, des traditions, des valeurs… La Bretagne est connue pour ses territoires bruts, ses plages, ses falaises, ses roches, ses ports de pêche, sa météo pluvieuse…
Étymologie :
La Bretagne, en breton Breizh, tient son nom du latin Britannia ou Brittania, un terme utilisé par les Romains dès le Ier siècle pour désigner la Bretagne insulaire, c'est-à-dire l’île de Grande-Bretagne, sur laquelle on retrouve aujourd’hui l’Angleterre, le Pays de Galles et l’Écosse. Ce terme latin vient d’un mot grec utilisé par les voyageurs grecs, pour désigner l’ensemble des îles du Nord en 300 avant notre ère, mais comprenant sûrement même l’Islande : Prettanike (Πρεττανικη) ou Brettainiai (Βρεττανίαι). Au Ier siècle de notre ère, les siciliens introduisent la forme Prettania (Πρεττανια). Au Vème siècle, les grecs évoquent les “îles prettaniques”. L’étymologie du radical “Prittan-” est obscure, mais elle est sûrement celtique.
Ainsi, à l’origine, le terme ne désigne pas spécifiquement la région aujourd’hui française, mais plus la Grande-Bretagne, ou île de Bretagne. Au Vème siècle, à la chute de l’empire romain d’occident, des bretons insulaires s’installent sur le continent, en Armorique Occidentale (le nom originel de ce territoire), et substituent “Bretagne” à “Armorique”.
Aujourd’hui, le terme Armorique est encore utilisé pour désigner la Bretagne, même s'il désignait à l’origine un territoire bien plus vaste. Ce nom là est issu du gaulois aremorica, qui signifie “proche de la mer”. En breton comme en gaulois, “ar mor” signifie “la mer”.
Une rapide histoire de la Bretagne et de son union avec la France
La Bretagne est peuplée par l’homme dès le Paléolithique inférieur, avec une population existante mais peu nombreuse. Au Vème siècle avant notre ère, les celtes arrivent en Bretagne, et y imposent leur langue et leurs coutumes. Cinq peuples principaux occupent le territoire, un territoire bien plus large que la Bretagne actuelle.
Au moment de la conquête romaine, les peuples forment cinq cités, toutes dotées d’un chef-lieu créé par le pouvoir de Rome : Carhaix pour les Osismes, Vannes pour les Vénètes, Corseul pour les Coriosolites, Nantes pour les Namnètes et Rennes pour les Riédons. En effet, historiquement, Nantes fait partie intégrante de la région, bien qu’aujourd’hui, le découpage administratif français ne l’en exclue. À cette époque, la Bretagne est parcourue par un réseau routier fonctionnel et possède de nombreuses voies d’accès maritimes, ce qui lui permet de s’insérer dans les circuits commerciaux de l’Empire.
Le territoire de la future Bretagne est conquis par les romains lors de la guerre des Gaules, au Ier siècle de notre ère. Les responsables romains tentent alors d’imposer leur culture, comme l’avaient fait les celtes quelques siècles auparavant. La romanisation de l’Armorique s’étale sur trois siècles, et se fait difficilement. Par exemple, la religion romaine ne réussira jamais à s’imposer complètement, avec des restes de syncrétisme religieux - c’est-à-dire l’association d’une divinité locale à une divinité romaine, comme le dieu Jupiter associé à Taranis.
Au Vème siècle, des peuples de l’actuelle Grande-Bretagne la fuient et amènent leur langue en Bretagne Continentale, alors que leur clergé tente de christianiser les populations locales. C’est à ce moment que les Bretons donnent leur nom à cette région, auparavant qualifiée de “Petite Bretagne” ou “Bretagne Continentale”.
En passant quelques siècles d’histoire, la Bretagne s’érige au IXème siècle comme royaume unifié et indépendant, sous le souverain Nominoë, plus tard surnommé père de la Patrie, ou Tad ar Vro en breton, puis sous le règne de son fils Erispoë. Le royaume est maintes fois déstabilisé dans les siècles suivants, d’abord par les vikings, puis par les comtés voisins qui cherchent à conquérir de nouvelles terres. Ce sont alors des “Ducs de Bretagne” qui règnent sur le territoire indépendant.
Le Duché de Bretagne est l’enjeu de rivalités entre les trônes d’Angleterre et de France. Au XVème siècle, la Bretagne subit d’importantes défaites militaires, ce qui force une union avec la France, et les villes bretonnes sont envahies par les français qui imposent leur culture, écrasent le commerce local… En 1491, le roi de France affermit son autorité en épousant la fameuse Anne de Bretagne.
S’ensuivent une période de faste commercial durant l’époque moderne, puis la départementalisation au moment du découpage administratif de la Révolution Française, en 1790.
Culture :
La culture bretonne est, à mon avis, très riche - métaphoriquement, évidemment, mais aussi en termes de calories. C’est pour cela que je commencerais par ma partie préférée, c’est-à-dire la gastronomie bretonne. La Bretagne est avant tout connue pour son attachement au beurre salé. Parmi les spécialités de la région, on peut citer les célèbres crêpes, les mêmes que vous mangez au Pier 39, mais aussi les galettes de sarrasin, qui en sont une version salée à la farine de sarrasin, et à garnir de jambon, fromage, d’un oeuf, de salade… Libre à vous. Existe aussi la fameuse “galette-saucisse”, un classique des brocantes pluvieuses et des matchs de foot du dimanche.
Mais on peut aussi mentionner mon préféré, le Kouign Amann, littéralement “gâteau au beurre”, que j’ai récemment vu fleurir dans les boulangeries de San Francisco. Bien qu’il contienne à peu près trop de tout ce qu’il ne faut pas trop manger - beurre, sucre, pâte feuilletée… Il n’y a rien de tel face au rude climat breton.
La région est également connue pour sa richesse en fruits de mer : crabes, crustacés, coquillages, et également les poissons. La pêche est une industrie importante : les ports de pêche bordent les côtes bretonnes.
En termes de boissons, la Bretagne est spécialiste du cidre, du kir, du chouchen (boisson liquoreuse), et il y a également beaucoup de bières locales, leur production étant une industrie en plein essor dans la région.
La Bretagne est une terre de contes et légendes : les conteurs ont transmis leurs histoires principalement à l’oral pendant des siècles. La mort est souvent présente dans les légendes, avec une représentation propre à l’imaginaire breton incarnée par l’Ankou, qui emporte dans sa barque les âmes des morts. Les contes sont également peuplés d’une espèce de lutins, les “korrigans”. De nombreuses légendes mentionnent également des villes englouties par la mer, ou enfouies sous la terre, comme le conte de la ville d’Ys. Je me rappelle, enfant, avoir assisté à une veillée de contes dans un phare en bord de mer.
De nombreuses légendes mentionnent également la forêt de Brocéliande, grand sujet d’intérêt au Moyen-Âge, avec les légendes de la table ronde et du roi Arthur Pendragon.
Le folklore breton ne s’arrête pas aux légendes : la région a aussi une forte tradition de musique, de chant, de danse… La musique et la danse traditionnelle sont principalement mises en avant lors des “fest-noz” (littéralement fête de nuit), des fêtes de village où l’on pratique collectivement des danses traditionnelles, en ronde. Cette tradition a traversé les générations, et bien qu’un peu plus résiduelle aujourd’hui, elle reste ancrée. Le fest-noz est inscrit depuis 2012 à la liste du patrimoine culturel immatériel de l’humanité de l’UNESCO. La musique occupe une place importante dans la culture bretonne, avec un instrument emblématique : le biniou, une sorte de cornemuse bretonne, sans rentrer dans les détails.
La tradition de la danse vient également avec un costume traditionnel, signe d’identification à un territoire breton en particulier. Il est particulièrement caractéristique dans sa déclinaison féminine, avec des coiffes différentes selon la région, et de grandes robes noires, la plus connue étant la coiffe bigoudène, originaire du pays bigouden, au sud du Finistère. Aujourd’hui, ces costumes ne sont plus portés que lors de fêtes, de commémorations, concours de danse, représentations…
Que faut-il voir lors d’une excursion en Bretagne ?
L’autrice de cet article est malheureusement biaisée, ayant grandi en Côtes d’Armor et ayant un attachement émotionnel à cette partie de la Bretagne plus fort qu’à l’ensemble de la région. Vous m’en excuserez, j’ai tenté de faire preuve du maximum d’impartialité dont je suis capable. J’ai également un attachement plus fort aux côtes bretonnes qu’aux terres agricoles intérieures, bien que celles-ci soient partie intégrante de la région. Voici une liste de recommandations personnelles, outre le traditionnel Saint-Malo et Lorient :
Côte de Granit Rose :
La Côte de granit rose est une zone côtière de la Manche, dans les Côtes d’Armor, dans le nord de la Bretagne. À emprunter absolument pour les amateurs de randonnée, est le sentier des douaniers, qui part de Perros-Guirec et aboutit à Ploumanac’h, nommé plus village préféré des français en 2015 - vous passerez par l’iconique point de vue sur le phare de Ploumanac’h. De là, vous pouvez visiter les petites boutiques du bourg de la Clarté. Dans le monde, il n’existe que 3 côtes de Granit Rose : une en Corse, une en Chine, et la dernière sur les côtes nord-bretonnes, ce qui fait une raison de plus de visiter cette région. En face de Perros-Guirec se trouve également un archipel abritant des espèces d’oiseaux rares, comme le macareux : les Sept-Îles. J’ai fait de la voile dans cette baie plus petite, et je ne peux que recommander l’activité.
Pointe du Raz : La Pointe du Raz est un cap rocheux spectaculaire situé à l’extrême ouest du Finistère, en Bretagne. Classée Grand Site de France, elle offre l’un des plus beaux panoramas de la région : falaises abruptes, mer turquoise (ou déchaînée) et vue directe sur le mythique phare de la Vieille. Pour les amateurs de marche, le sentier côtier (GR34) qui mène jusqu’au bout du cap est un incontournable : il serpente entre landes et chemins escarpés, avec un point de vue à chaque détour.
La Torche et Penmarc’h : Située à l’extrémité sud-ouest du Finistère, la Pointe de la Torche est l’un des spots les plus connus de Bretagne pour les sports de glisse. Cette avancée rocheuse dans l’océan forme un spot idéal pour le surf, le kite ou encore le bodyboard, entre vagues puissantes et immense plage de sable. Au printemps, la baie se teinte de couleurs, quand les champs de tulipes et de jacinthes fleurissent.
À quelques minutes, le village de Penmarc’h et son emblématique phare d’Eckmühl valent aussi le détour : c’est l’un des plus hauts phares de France, entièrement recouvert de pierre de Kersanton, et dont les 307 marches offrent un point de vue sur le pays bigouden.
Presqu’île de Crozon : Située au cœur du Finistère, la presqu’île de Crozon est emblématique des paysages bretons : falaises sculptées, eaux transparentes, landes sauvages et petites criques qui rappellent parfois la Méditerranée. Parmi les incontournables, la Pointe de Pen-Hir et ses célèbres « Tas de Pois », trois énormes rochers plantés dans la mer, offrent un panorama exceptionnel sur toute la baie de Douarnenez. Le GR34, qui longe la presqu’île permet de découvrir ces paysages à pied, entre falaises vertigineuses et chemins bordés de bruyère. Plus bas, la plage de l’Île Vierge - accessible à pied par un sentier raide - est l’une des plus belles de Bretagne, connue pour son eau turquoise et son décor presque tropical.
Port de Paimpol : Situé dans les Côtes-d’Armor, le port de Paimpol est un ancien port de pêche au charme unique, longtemps lié à la grande épopée de la pêche à la morue en Islande et à Terre-Neuve. Aujourd’hui, ses quais animés sont bordés de terrasses, de voiliers traditionnels et de maisons en pierre qui témoignent de son passé maritime. C’est l’endroit idéal si vous voulez voir un port typique breton.
À deux pas, le centre-ville se confond en ruelles étroites et petites boutiques. Le port est aussi un point de départ idéal pour rejoindre l’abbaye de Beauport, l’un des plus beaux sites patrimoniaux de Bretagne, niché au bord de la mer. Tous les deux ans, Paimpol accueille également le Festival du Chant de Marin, qui rassemble des groupes du monde entier autour de la musique traditionnelle.
Île de Bréhat : Surnommée “l’île aux fleurs”, Bréhat est un paradis au large de Paimpol, accessible en quelques minutes de bateau. Cette île n’autorise pas la circulation d’autres véhicules que les vélos, bien que vous pourriez croiser un ou deux tracteurs à l’occasion. Les chemins y sont bordés d’agapanthes, d’hortensias et de petites maisons en granite typiques. L’île se divise en deux parties reliées par un pont : au sud, les fleurs et les plages, et au nord, un paysage plus sauvage avec falaises, landes et rochers.
Le meilleur moyen de découvrir Bréhat est simplement de marcher ou de louer un vélo pour parcourir ses nombreux sentiers. À voir, le phare du Paon, tout au nord, le moulin du Birlot, le petit centre-ville, la Corderie et la plage du Guerzido. L’archipel de Bréhat bénéficie d’un microclimat qui fait fleurir la végétation plus tôt qu’ailleurs en Bretagne.
Rennes : Capitale de la Bretagne, Rennes est une ville dynamique, entre patrimoine ancien et vie étudiante. Le centre historique, avec ses maisons à pans de bois colorées et ses ruelles vivantes, est parfait pour se promener, s’arrêter dans une librairie ou découvrir une crêperie typique (ma recommandation : crêperie La Gavotte, rue Saint-Georges). Avec ses nombreux cafés, marchés (dont le marché des Lices, les samedi matin), musées et festivals, Rennes offre une atmosphère chaleureuse tout au long de l’année.
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